Rando Trail

UTMB Nice 100 miles 2026 : récit de mes 30 heures de course

Mon récit du 100 miles de l’UTMB Nice 2026 : 165 km et 8 900 m de dénivelé en 30 h 01, 53e sur 957 partants. Préparation, passages clés, défaillance à Levens et arrivée.

Nicolas Goullet de Rugy en haute montagne, bâtons en main, dans les premières heures du 100 miles de l’UTMB Nice

J’ai terminé le 100 miles de l’UTMB Nice en 30 h 01 min 41 s, à la 53e place sur 957 partants. Entre Auron et la promenade des Anglais, il y a eu un début de course très technique, une nuit où tout allait bien, puis une défaillance au 125e kilomètre qui m’a couché entre deux rochers. Voici le récit complet, avec mes temps de passage.

La course en chiffres

Distance officielle 165 km
Dénivelé positif officiel 8 900 m
À ma montre 171 km et 9 500 m
Départ Auron, vendredi 25 septembre 2026 à 13 h
Arrivée Nice, samedi 26 septembre vers 19 h 02
Mon temps 30 h 01 min 41 s
Mon classement 53e
Partants 957
Finishers 566

L’écart entre ma montre et les chiffres officiels s’explique de deux façons. Ma Garmin Forerunner 955 Solar a tendance à surestimer le dénivelé par rapport à d’autres marques comme Coros ou Suunto. Et les kilomètres en plus viennent des quelques détours que j’ai faits.

40 % des coureurs n’ont pas fini : 391 abandons sur 957 partants.

Pourquoi un 100 miles

Le 100 miles est une distance qui me fait rêver depuis que j’ai commencé la course à pied, puis le trail.

J’y suis allé étape par étape, sans brûler les étapes : 10 km, semi, marathon. Puis en trail : 50 km, 70, 100, avant de m’aligner sur un 100 miles.

Je cherche aussi l’aventure. C’est ce que j’aime dans le trail, et ce format, c’est vraiment l’aventure.

Ma préparation

Ma préparation s’étale sur plusieurs années, pendant lesquelles j’ai couru 60 km par semaine en moyenne. Cette année, j’ai décidé d’augmenter et de passer à 80 ou 100 km par semaine.

En juin, je me suis entouré d’une coach extraordinaire, Élodie Laurent, de Run Athletiq. Nous avons construit ensemble le gros cycle de préparation, sur 12 semaines :

Sur 12 semaines Total Par semaine
Distance 1 280 km 107 km
Dénivelé positif 30 000 m 2 500 m
Temps de course 125 h environ 10 h
Sorties 6 à 7

Le cycle comprenait une grosse semaine spécifique en montagne, à Châtel : 150 km et 10 000 m de dénivelé.

Mes objectifs

Ils étaient classés par ordre de difficulté, et ils étaient très, très optimistes.

Les objectifs principaux :

  1. finir la course ;
  2. entrer dans le top 100 ;
  3. entrer dans le top 50.

Les objectifs « cerise sur le gâteau » :

  • ne pas me détruire les cuisses dans les premières descentes ;
  • passer sous les 30 heures ;
  • partager la course avec mes proches ;
  • obtenir une cote entre 650 et 700 à l’UTMB Index ;
  • garder le sourire ;
  • être le premier des 20 Nicolas au départ.

D’Auron à Isola : partir vite, puis se calmer

La course part d’Auron à 13 h. Je me place à l’avant du sas, juste derrière les 50 élites, pour ne pas subir les bouchons que j’avais connus au départ de Verbier.

Ma stratégie : partir fort jusqu’au premier ravitaillement, à Saint-Étienne-de-Tinée (km 8,2), pour éviter les bouchons, puis ralentir. C’est ce que je fais. Je passe ce premier ravitaillement en 52e position.

Nicolas Goullet de Rugy en tête d’un groupe de coureurs sur un sentier en forêt, dans la première heure de l’UTMB Nice
Dans la première heure de course, peu après le départ d’Auron.

Je ralentis ensuite et je prends mon temps aux ravitaillements. Je passe à la Cabane des chasseurs (km 16,5) en 76e position, puis à Collelongue (km 30,3) en 89e.

Nicolas Goullet de Rugy et un autre coureur sur un sentier caillouteux au-dessus d’un lac d’altitude, pendant l’UTMB Nice
Vers 16 h, au-dessus d’un lac d’altitude. Le terrain donne le ton : des cailloux partout.

Ce début de course est très technique, avec notamment une descente dangereuse de 1 500 m de dénivelé négatif.

J’arrive à Isola (km 39), premier ravitaillement avec assistance, en 6 h 23 de course et en 93e position. Je profite un peu de mon assistance, mais je suis déjà bien entamé.

Nicolas Goullet de Rugy court dans une ruelle du village d’Isola, pendant l’UTMB Nice
L’arrivée dans les ruelles d’Isola, après un peu plus de six heures de course.

La première partie de nuit : une descente très technique

Je repars d’Isola alors que la nuit commence à tomber. Je me mets dans un petit rythme.

Le début de nuit nous réserve une descente extrêmement technique. C’est là que je fais un trou dans mon sac Wise. Je passe cette descente difficile, je rattrape quelques coureurs, d’autres abandonnent, et j’arrive au ravitaillement de Pont de Paule (km 51,5) en 79e position.

Traînées lumineuses des lampes frontales des coureurs dans la montagne, de nuit, pendant l’UTMB Nice
Les frontales dans la montagne, en début de nuit.

C’est aussi là que commencent de petits problèmes d’estomac. M’alimenter devient un peu plus difficile. J’arrive tout de même à continuer avec mes gels et ma boisson, même si je privilégie l’eau claire.

Je fais presque seul, dans la nuit, toute la portion jusqu’au deuxième ravitaillement assisté, à Saint-Sauveur-sur-Tinée (km 65). J’y arrive à 23 h 50, en 72e position.

Comment j’ai vécu la nuit

  • Le sommeil : aucun coup de fatigue, grâce aux gels à la caféine et au Red Bull.
  • Le froid : pas de problème. J’avais parfois un peu froid en sortant d’un ravitaillement, et ça passait au bout d’un kilomètre.
  • La frontale : une Petzl Nao RL. Ma première batterie s’est vidée très vite dans la descente technique, où j’étais à pleine puissance tout le temps.
  • Le moral : bon, avec des moments plus durs quand j’étais tout seul.

De Saint-Sauveur à Utelle : la meilleure partie de ma course

À Saint-Sauveur, je prends 15 minutes : le temps de bien m’alimenter, et surtout de me changer pour repartir avec un tee-shirt et une casquette secs.

J’en profite aussi pour changer de chaussures : mes pieds étaient mouillés, et j’enfile mes Hoka Speedgoat 7 pendant que mon assistance fait sécher les Brooks Cascadia Elite dans la voiture. Je les remettrai 20 km plus loin, à Venanson.

Après ce ravitaillement, je me sens extrêmement bien. Je garde un rythme soutenu sans me mettre dans le rouge. J’arrive à la mi-course, à Venanson (km 84,8, 5 500 m de dénivelé cumulé), très frais, à 3 h 41 du matin, en 63e position.

Je repars après m’être bien alimenté, sur une grande montée d’environ 1 000 m de dénivelé. J’ai de très bonnes jambes et je rattrape énormément de monde. J’arrive au ravitaillement des Granges de la Brasque (km 95) en 53e position.

J’enchaîne directement sur une descente peu technique, assez plate. Là, mes qualités de coureur de marathon prennent le dessus : je me mets à une allure rapide et je dévale la pente. Vient ensuite une descente pleine de cailloux, où il est très difficile de courir. Je rattrape encore beaucoup de monde.

J’arrive au petit matin à Utelle (km 112,4), à 8 h 11, sous un superbe lever de soleil, en 44e position.

Levens : le début du calvaire

Je m’attarde peu à Utelle, parce que le ravitaillement suivant est un ravitaillement assisté. J’enchaîne vers Levens. Je me sens très bien et je fais une bonne partie de cette section avec un coureur avec qui on peut discuter.

À 3 km de Levens, dans la montée, je sens qu’il se passe quelque chose de mauvais dans mon corps. Je me sens vidé, et un mal de ventre s’installe. Je m’accroche à l’idée que le ravitaillement assisté approche et que j’irai mieux en arrivant.

J’arrive à Levens (km 124,5) en 39e position. Ce sera mon meilleur classement de la course, et je me sens très mal. J’essaie de manger, mais presque rien ne passe. Je décide aussi de me laver les dents.

Je repars en sachant très bien que je ne suis pas en forme. Une montée d’environ 900 m de dénivelé nous attend. Je commence à grimper avec mon compagnon de route, mais au bout de 200 m de dénivelé, je lui dis de partir devant.

Je vomis sur le côté. J’ai du mal à avancer : tous les 50 mètres, je suis obligé de faire une pause. Plusieurs coureurs me doublent. Mentalement, ça devient très difficile. J’appelle mon assistance. J’essaie de reprendre des forces, mais je n’ai plus d’eau.

À 100 m de dénivelé du sommet du col, je n’arrive plus du tout à avancer. Je m’écroule par terre.

Quinze minutes entre deux rochers

Je décide de faire une sieste pour laisser passer la tempête. Je dors 15 minutes entre deux rochers, sans enlever mon sac.

Je me réveille, je repars, et j’arrive péniblement en haut du col, puis au ravitaillement de la Chapelle Saint-Michel, 2 km plus loin (km 131, 7 887 m de dénivelé cumulé). Je suis 54e : j’ai perdu quinze places en 6 km.

Je me pose. J’essaie de boire de l’eau salée, du bouillon, de prendre du sucre, en espérant que la tempête se calme.

Je repars pour rejoindre mon assistance au ravitaillement suivant. Je fais toute la descente en marchant. Je ne vais toujours pas bien, mais au fil de la descente mon ventre se calme et je sens les forces revenir, péniblement.

À Tourrette-Levens (km 143, 8 079 m de dénivelé cumulé), je suis 64e. Je décide de refaire une sieste de 15 minutes, pour assurer l’essentiel : finir.

Les 22 derniers kilomètres : tout donner

Il reste deux ravitaillements avant Nice, et je vais mieux. Je repars avec l’envie de jouer, sans me mettre dans le rouge. Je passe à Drap (km 150) en 60e position, puis au Plateau Saint-Michel (km 159,2, 8 888 m de dénivelé cumulé), toujours 60e.

Là, je sais qu’il ne reste qu’une dizaine de kilomètres. Je décide de tout donner pour aller chercher mon top 50.

J’accélère et je double beaucoup de monde. Mais toutes les courses se rejoignent ici, notamment le 50 km parti plus tôt dans la journée : je ne sais pas qui, parmi ceux que je dépasse, court le 100 miles. Tant pis, je donne tout ce qu’il me reste.

Nicolas Goullet de Rugy court sur les rochers du littoral au coucher du soleil, dans les derniers kilomètres de l’UTMB Nice
Sur le littoral, une vingtaine de minutes avant l’arrivée.

J’arrive sur la promenade des Anglais, à 3 km de l’arrivée. Je continue d’accélérer, mais je commence aussi à profiter : au bord du parcours, les gens me félicitent.

Je vois enfin la ligne d’arrivée, sous un coucher de soleil magnifique. Je la passe vers 19 h 02, en 53e position, après 30 h 01 min 41 s de course.

Nicolas Goullet de Rugy franchit la ligne d’arrivée du 100 miles de l’UTMB Nice, dossard 284
La ligne d’arrivée, à Nice.

Je suis exténué, mais tellement heureux d’avoir fini, et surtout d’avoir tout donné jusqu’au bout. Je termine aux portes du top 50, qui était un objectif extrêmement ambitieux.

Mes temps de passage

Point Km Heure Place
Saint-Étienne-de-Tinée 8,2 13 h 46 52
Cabane des chasseurs 16,5 15 h 31 76
Collelongue 30,3 17 h 50 89
Isola (assistance) 39 19 h 23 93
Pont de Paule 51,5 21 h 28 79
Saint-Sauveur-sur-Tinée (assistance) 65 23 h 50 72
Venanson 84,8 3 h 41 63
Granges de la Brasque 95 5 h 50 53
Utelle 112,4 8 h 11 44
Levens (assistance) 124,5 9 h 54 39
Chapelle Saint-Michel 131 12 h 33 54
Tourrette-Levens (assistance) 143 14 h 47 64
Drap 150 16 h 18 60
Plateau Saint-Michel 159,2 17 h 50 60
Nice 165 19 h 02 53

Le bilan de mes objectifs

  • Finir la course : oui.
  • Top 100 : oui, 53e.
  • Top 50 : manqué de trois places.
  • Moins de 30 heures : manqué d’une minute et 41 secondes.
  • Préserver mes cuisses dans les premières descentes : oui. Je les ai ménagées pendant toute la première partie, avant de jouer mes cartes. Jusqu’à la fin, j’ai pu courir dans les descentes, ce qui montre que j’étais plutôt à l’aise.
  • Partager la course avec mes proches : oui, ils étaient quatre à me suivre.
  • Une cote UTMB Index entre 650 et 700 : non, 631. Elle ne reflète pas mon classement. Avec le dossard 284, j’étais à peu près au 284e niveau sur la ligne de départ, et je finis 53e : j’ai énormément surperformé. Avec autant d’abandons, la cote n’est pas très élevée.
  • Premier des 20 Nicolas : non. Un autre Nicolas termine devant moi, à la 49e place.

Ce que j’ai mangé et bu

Sur moi, entre les ravitaillements :

  • des gels Näak neutres de 30 g, et des gels Näak pêche à la caféine ;
  • de la boisson isotonique Näak neutre ;
  • des compotes Decathlon ;
  • de la purée Baouw à la patate douce.

Aux ravitaillements :

  • beaucoup de Coca ;
  • du jus de cranberry, contre les crampes ;
  • des sushis ;
  • des petits sandwichs jambon, fromage et beurre ;
  • des Dragibus.

Je prenais un gel ou une compote toutes les 30 à 45 minutes, avec de la boisson. En comptant ce que je mangeais aux ravitaillements, je tournais à environ 70 g de glucides par heure.

Mon estomac a commencé à protester vers le 50e kilomètre, puis m’a lâché après Levens.

Mon assistance

Quatre personnes me suivaient : mon frère Lucas, ma copine Margaux, ma sœur Alexia et une amie, Naomi. Je les retrouvais aux ravitaillements assistés, notamment à Isola, Saint-Sauveur-sur-Tinée, Levens et Tourrette-Levens.

L’assistance change tout. Je n’avais aucun stress sur la logistique : ils géraient tout. À chaque ravitaillement, ils me donnaient les indications pour la portion suivante, ce que je devais manger, où j’en étais dans mes temps et au classement. Ils m’aidaient aussi à me changer.

C’est surtout très réconfortant. Savoir que ton assistance t’attend au ravitaillement suivant donne une motivation incroyable, et mentalement c’est tellement plus agréable.

Le matériel

Matériel Mon avis sur cette course
Sac Wise 333 Très bien, malgré le trou fait dans la descente de nuit
Bâtons Leki Ultratrail Incroyables
Frontale Petzl Nao RL Très bien ; une première batterie vidée très vite à pleine puissance
Chaussettes Très bien, avec quelques changements en cours de route
Chaussures Brooks Cascadia Elite et Hoka Speedgoat 7 Très bien
Montre Garmin Forerunner 955 Solar N’a pas tenu toute la distance, même en mode GPS seul : j’ai dû la recharger

Côté chaussures, j’ai couru 150 des 170 km avec des Brooks Cascadia Elite et une vingtaine avec des Hoka Speedgoat 7. Le détail est dans mon test de la Cascadia Elite et dans mon test de la Speedgoat 7.

Ce que je referais différemment

Je changerais ma sieste. J’aurais dû la faire dès que j’ai senti que ça commençait à dégoupiller, vers Levens. Finalement, j’en ai fait deux, pas de bonne qualité, et j’ai perdu beaucoup de temps et de places.

Pour le reste, je ne changerais pas grand-chose : j’étais plutôt au point. Évidemment, j’aurais voulu m’entraîner encore plus pour faire un meilleur chrono. Ça, on le garde pour la suite.

Mon avis sur l’organisation

Les bénévoles ont été extraordinaires. Vraiment rien à dire.

Deux choses m’ont déçu.

Les ravitaillements. Ce n’était pas du vrai Coca mais du Coca de SodaStream, franchement mauvais. Surtout, certains ravitaillements étaient à court de Coca et d’eau. À court d’eau sur un 100 miles, c’est quand même fou.

Les goodies. Un tee-shirt, deux serviettes de plage, un verre, une limonade et une médaille : au prix du dossard, je trouve ça léger.

Faut-il courir le 100 miles de Nice ?

C’est une course extrêmement difficile et cassante. Beaucoup la considèrent comme plus dure que l’UTMB. Entre la salade de cailloux et la chaleur, elle ne se prend pas à la légère.

Elle reste pourtant une course exceptionnelle, qui en met plein les yeux.

Questions fréquentes

Quelle est la distance du 100 miles de l’UTMB Nice ?

L’organisation annonce 165 km et 8 900 m de dénivelé positif. Ma montre, une Garmin Forerunner 955 Solar, a enregistré 171 km et 9 500 m, avec mes quelques détours.

D’où part le 100 miles de l’UTMB Nice ?

D’Auron, à 13 h. L’arrivée se fait à Nice, sur la promenade des Anglais.

Combien de coureurs finissent le 100 miles de l’UTMB Nice ?

En 2026, nous étions 957 au départ et 566 à l’arrivée : 40 % des coureurs n’ont pas fini.

Combien de temps faut-il pour préparer un 100 miles ?

Pour ma part : plusieurs années à 60 km par semaine en moyenne, puis un cycle de 12 semaines avec une coach, à 107 km et 2 500 m de dénivelé par semaine, dont une semaine en montagne à 150 km et 10 000 m de dénivelé.